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Le port de voile ne fait pas partie des cinq piliers de l’Islam. Néanmoins, l’engouement religieux dans la jeunesse est tel depuis près de deux décennies qu’il incarne pour de nombreuses femmes un retour la spiritualité. Le hijab ou “zay (libass) islami”, emblème du retour sur soi, des valeurs de bonté, de générosité, d’humilité, de simplicité, de sérieux face à un monde ultra-matérialiste dominé par les Wasp où l’argent et le sexe semblent incarner les seules valeurs de la “modernité occidentale” ? Oui, à l’évidence, l’étoffe a été adoptée comme tel par une majorité de femmes musulmanes prises peut-être au dépourvu devant l’abrupte vacuité intellectuelle, politique et idéologique post-1989.
Pyramide des âges oblige, jamais l’espace public marocain n’a eu à gérer -quantitativement - la mixité comme il a dû le faire dès les années 80. Accès généralisé aux études supérieures, pénétration du marché de l’emploi et surtout du salariat légal, nouvelles formes de crédits à la consommation pour certaines : la rue s’est féminisée… sans complexes ! Aussi a-t-il fallu pour le patriarcat en vigueur trouver, et très vite, des parades pour canaliser l’assaut. Du panel des insultes sexistes aux dogmes très “ligues vertueuses halal” en passant par la stigmatisation “prostituée”, le retour du refoulé de la misogynie a frappé de plein fouet acculant les femmes à une sorte de deal conscient ou inconscient avec leur féminité. Un deal où la féminité, enfermée traditionnellement dans l’espace privé, aurait eu besoin d’un visa de sortie dans l’espace public délivré par les bien-pensants : le hijab. Porter le hijab comme moyen pour faire taire les hommes de la maison (père, frères, cousins…), sortir du quartier et aller travailler, bref gagner un espace public - a priori- dépourvu de harcèlement sexuel, est peut-être une soumission pragmatique à la violence masculine.
Qu’elles le veuillent ou non, qu’elles en aient conscience ou non, les femmes qui portent le hijab incarnent un projet de société en rupture avec les anciennes générations de l’Islam non militant. Un projet de société aux fondements discriminatoires. Car c’est un fait logique : le hijab en ne couvrant que la chevelure des femmes (perçues strictement comme un corps érotique et non comme une personne puisqu’il s’agit de ne pas réveiller l’irrépressible libido mâle) et non pas celles des hommes pose, de facto, une discrimination entre les sexes. Mais également une discrimination entre les femmes musulmanes puisque celles qui le portent s’arrogent une respectabilité de “bonne musulmane” aux dépens de celles qui ne le portent pas. Et l’on se demande bien à quel titre puisqu’il ne s’agit pas d’un pilier de l’Islam ! Discrimination également dans le _style_ de hijab : lequel du niqab, de la abaya, du tchador, du hijab, etc, est-il le bon ? Qui peut l’affirmer puisqu’aucune indication n’a été strictement écrite dans le Coran à ce sujet ? Là aussi, quelle est la “meilleure” musulmane et pourquoi celles qui sont différentes dans leur apparence, avec hijab y compris, sont-elles culpabilisées de n’être pas assez “bonne pratiquantes” ? qui décrète(ra) quoi? En attendant l’émergence réelle du mouvement féministe musulman, il est fort à parier que les hommes s’occuperont légalement de trier le “bon” hijab du “moins bon”…
Que penser du détournement du sens original du hijab lorsqu’il est bleu turquoise accroché avec une broche dorée au dessus d’une dégaine ultra fashion comme un jean’s taille basse ? C’est-à-dire lorsque le hijab devient un accessoire de mode ! Que penser si ce n’est qu’une incohérence absolue puisque le hijab devient ici un outil de séduction ? Un outil de stratégie de rencontre ? Par quel retournement, le hijab en vient-il à représenter l’inverse de son sens spirituel initial si ce n’est par une sorte d’opportunisme cynique comme mode de fonctionnement ? Bref, pourquoi porter un hijab avec un jean’s slim bien moulant ? Ou avec du rouge à lèvres ? Ou avec des talons de 10 cm ? Pourquoi incarner deux signes absolument contradictoires, l’humble modestie et le show off pailleté, autour de la féminité ? Là aussi, le suivisme de l’effet de mode ne serait pas conscientisé ! Outre le fait que cela commence à faire beaucoup de choses qui ne sont pas conscientisées par les femmes, cette attitude fashion’s hijab est la plus illogique… et dangereuse. Banaliser le hijab en le mélangeant avec d’autres signifiants contradictoires lui font perdre immédiatement sa spécificité spirituelle pour entériner définitivement la discrimination entre les sexes.
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